Boîte Noire

C’est insignifiant la quasi-totalité du temps
sauf à cet instant précis où l’imagination fait une étincelle.
Alors on photographie pour se souvenir,
pour garder une trace de l’émotion,
de cet autre monde que l’on a entrevu.
On déclenche pour essayer de teinter d’éternel quelque chose d’éphémère…
Dans ma vie j’ai vu cinq personnes mourir devant moi.
Chaque fois, je me suis demandé pourquoi les millions de pas qu’elles avaient faits les avaient conduites ici; pourquoi, des milliers d’endroits dans lesquels elles s’étaient trouvées, leur vie devait-elle se finir là.
Je trouvais cela absurde. La mort me paraissait dénuée de sens…
Et puis, je songeais à ce qu’il restait des disparus.
Une vie toute entière dans des cartons, une maison peut-être, des photos de famille, des anecdotes… Mais, fatalement, au bout de quelques temps, au mieux quelques générations, seuls subsisteraient un nom et deux dates gravés dans le marbre. Ce que les gens avaient vu, ce qu’ils avaient ressenti ou imaginé, tout ça serait perdu à jamais.
La vie aussi était absurde…
Plus jeune, je pensais ne pas craindre la mort, seulement la souffrance. En grandissant, c’est au contraire l’idée de sombrer dans le néant qui me terrifia.
Je compris alors pourquoi les artistes créaient. Ils voulaient montrer une part de leur monde intérieur et l’immortaliser…
Moi, depuis petit, je dessinais; parfois aussi je faisais des collages; j’avais créé quelques montages vidéos et composé un ou deux morceaux de guitare; je m’étais essayé à la photo sans grand succès…
Après la mort de mon père en 2015, j’ai acheté mon premier reflex. Je l’emportais partout et photographiais tout ce qui attirait mon attention.
C’est comme ça que l’idée de la boîte noire est née, de la volonté de figer l’image de ce que j’avais vu, de ce qui avait ouvert une porte sur mon imagination ou avait généré un sentiment. Je voulais qu’il reste une trace de ça.
Cette série est composée de prises de vues au format paysage, à des focales proches de celles de l’oeil humain. Même si certaines images semblent dénuées de couleur, aucune n’est en noir et blanc. Ce sont majoritairement des photos de voyage, prises à la volée et tentant autant que possible de s’éloigner des lieux communs car le tourisme n’est pas le sujet. De même, les rencontres n’étant pas l’objet, la présence humaine n’est limitée qu’à un simple élément de composition. Le titre, boîte noire, se voulait rappeler celle d’un avion, que l’on n’analyse qu’après un crash, mais aussi, il est une référence à la chambre de l’appareil photo.
Cette série est un message que je laisse à ceux qui suivront, en premier lieu mes filles.
Je suis venu, j’ai vu, j’ai vécu.
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